Monday, December 24, 2012

Victoire Ingabire, une victime courageuse?

Victoire Ingabire, condamnée à 8 ans de prison par une cour pénale rwandaise, n’est pas une Aung San Suu Kyi transposée de Birmanie au Rwanda. Par l’avocat Nils de Dardel

Victoire Ingabire, condamnée à 8 ans de prison par une cour pénale rwandaise, n’est pas une Aung San Suu Kyi transposée de Birmanie au Rwanda.
Le groupe politique dont Victoire Ingabire est la présidente est composé de Rwandais nostalgiques du régime génocidaire qui a dirigé le Rwanda jusqu’en juillet 1994, date à laquelle le FPR de Paul Kagamé a mis un terme au massacre. Le groupe politique de Victoire Ingabire n’a pas d’implantation au Rwanda lui-même, mais il est représentatif d’une nébuleuse très active en Occident, composée de Rwandais qui ont souvent participé au génocide et qui entretiennent une haine farouche du nouveau Rwanda. Victoire Ingabire et ses partisans prétendent qu’il y aurait eu, en 1994, deux génocides: l’un commis contre les Tutsis, l’autre commis contre les Hutus.
Or, la théorie du «double génocide» est une pure fiction révisionniste. Le génocide de 1994 est unilatéral, il a été commis par un régime totalitaire et raciste (Hutu power), qui a entraîné le massacre d’un million de Tutsis (en très grande majorité) et de Hutus modérés (une faible minorité de victimes qui refusaient de participer aux crimes). L’existence d’un seul génocide est admise comme une évidence par tous les historiens et par le Tribunal pénal international d’Arusha.
Lorsque Victoire Ingabire rejoint le Rwanda en 2010 alors qu’elle l’a quitté 17 ans plus tôt, son premier geste est de se rendre à l’emblématique mémorial de Gisozi à Kigali. Elle y prononce une allocution qui reproduit la théorie du «double génocide». Elle porte ainsi un outrage insupportable à la mémoire des dizaines de milliers de victimes inhumées à l’endroit même où elle parle.
Le droit international prévoit que la minimisation d’un génocide est un délit pénal. Le droit suisse a repris cette règle. Le Rwanda applique donc une règle pénale internationale, il est vrai avec sévérité. Mais celle-ci est justifiée par le traumatisme hors de toute proportion subi en 1994, dont les effets politiques et sociaux ne peuvent pas s’effacer même en 15 ans. Au Rwanda, cette rigueur est d’autant plus nécessaire que les victimes survivantes doivent aujourd’hui vivre aux côtés des bourreaux qui, avec l’écoulement du temps, sortent de prison.
Des experts de l’ONU, dans un rapport de 2009, avaient déjà évoqué les liens de Victoire Ingabire avec le FDLR, la force militaire qui a succédé à l’armée et aux milices du génocide. Le FDLR, installé au Kivu voisin, s’est fixé pour but de renverser par la guerre le régime de Kigali. Il ravage le Kivu et sa population par sa violence, ses viols et ses massacres, non sans s’accaparer une bonne partie de la production du coltan. Or, la justice rwandaise a obtenu des témoignages et des documents (perquisitions aux Pays-Bas) qui démontrent la collaboration de Victoire Ingabire avec le FDLR. Il y avait donc de bonnes raisons de poursuivre Victoire Ingabire pour collaboration avec une organisation terroriste.
Au vu de ces circonstances, la peine de 8 ans de prison infligée à Victoire Ingabire apparaît comme excessivement modérée à l’opinion publique rwandaise. Dans tous les cas, cette condamnation ne permet ni de considérer que les autorités rwandaises écrasent injustement une opposante politique, ni d’admettre que Victoire ­Ingabire serait une victime courageuse digne de la moindre estime.

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